Les ONG à l'heure de la mondialisation

Pendant les premières décennies qui ont suivi la vague des décolonisations, la majeure partie de l’assistance aux pays du Sud provenait des Etats, souvent les anciens colonisateurs, ou les grandes puissances qui se livraient une lutte d’influence acharnée dans le tiers-monde, et des grandes organisations internationales comme l’ONU.

La multiplication des conflits liés majoritairement à la guerre froide et aux luttes ethniques, souvent conséquences du découpage arbitraire des frontières par le colonisateur ont vu émerger de nouveaux acteurs : les ONG. La plus connu d’entre elles est l’organisation Médecins Sans Frontières (MSF), qui a vu le jour au Biafra, à l’occasion du génocide des Ibo perpétré par les troupes fédérales nigérianes à la fin des années 1960. Mais le fait que l’opinion publique internationale ait découvert tardivement ce type d’aide non Etatique, ne signifie pas pour autant qu’il s’agissait d’un phénomène nouveau. En effet, le terme d’ONG (Organisation Non Gouvernementale), NGO en anglais, a été coulé dans le bronze en 1946, dans l’article 71 de la Charte des Nations Unies. Selon l’ONU, une ONG est « Un groupe de citoyens volontaires, sans but lucratif et organisé à l’échelon local, national ou international ». Elle remplit des fonctions diverses et variées ; humanitaires, d’information aux gouvernements sur les préoccupations de leurs citoyens, ou de surveillance de ce que l’on appellerait aujourd’hui la « bonne gouvernance ».

Si à la naissance de l’ONU on en dénombrait moins d’une cinquantaine, elles seraient à l’heure actuelle près de 40 000 dans le monde. Depuis que le concept de « village planétaire » a été véhiculé par les medias, à la faveur de la chute du mur de Berlin et de la révolution des technologies de l’information, les Etats et les organisations internationales à l’échelle planétaire tiennent de plus en plus compte de ces acteurs atypiques que sont les ONG. A telle enseigne que 2010 d’entre elles sont aujourd’hui accréditées auprès du Conseil Economique et Social des Nations Unies (ECOSOC). Depuis 1996, leur rôle s’est considérablement accru, puisque depuis cette date, l’ONU les reconnaît comme  des experts techniques, conseillers et consultant des Nations unies.

La prise de conscience de la communauté internationale est telle en ce début de XXIe siècle, que les ONG et ce que l’on appelle communément la « société civile » sont des acteurs politiques majeurs de la vie internationale.

Bien entendu, ce vocable d’ONG est un mot fourre tout ; on y trouve des organisations comparables à des multinationales par leur taille et leur champ de compétence et d’investigation ; nous pensons là à MSF, à Amnesty International ou encore au WWF. Nous y trouvons également toutes les ONG confessionnelles, chrétiennes en particulier qui militent pour une répartition plus équitable des richesses de la planète. Mais, toutes les petites associations locales, telles que celles qui oeuvrent au Burkina Faso à partir de la Côte d’Azur, jouent aussi un rôle non négligeable. Elles contribuent, consciemment ou non à favoriser l’éclosion d’une société démocratique de type occidental que la Charte de San Francisco a appelé de ses vœux.

L’Afrique en général et le Burkina Faso en particulier ont vu différentes formes de coopération œuvrer sur leur sol depuis leur accession à l’indépendance : la coopération étatique, la coopération décentralisée, celle des ONG et plus récemment l’intervention de la société civile. Cette irruption massive de ces deux derniers acteurs est manifeste depuis le début des années 2000.

Qu’il me soit permis de vous livrer modestement ici deux exemples et anecdotes personnels sur ce sujet : lors du sommet de la Francophonie qui s’est déroulé à Ouagadougou en octobre 2004, un colloque sur « La société civile », dont j’étais d’ailleurs le rapporteur, s’était tenu en préambule à cette grand messe. C’était la première fois que l’OIF officialisait en quelque sorte le rôle fondamental de la société civile avec tant de vigueur. La seconde anecdote est plus récente, puisqu’elle remonte à deux semaines à peine. Invité à un dîner donné à l’UNESCO en l’honneur de Boutros Boutros Ghali, ancien Secrétaire général de l’ONU, puis de la Francophonie, ce dernier exprima dans son intervention sa vision du rôle des ONG pour l’avenir. Selon lui, à l’heure où l’ONU s’interroge sur les changements qui devraient s’opérer en son sein pour être plus en phase avec son temps, il serait grand temps que des acteurs non étatiques, comme les firmes multinationales, les ONG et la société civile deviennent des acteurs de la vie internationale au même titre que les Etats.

Le travail de fourmi qu’ont entrepris les associations petites et grandes, qui ont pour champ d’action le Burkina Faso, ne se limite pas à apporter une aide essentielle aux populations défavorisées. A terme, et sous des formes à déterminer, vraisemblablement par le truchement de collectifs d’associations, elles auront un rôle global à jouer, beaucoup plus important qu’elles ne se l’imaginent aujourd’hui. Elles ne doivent donc pas baisser les bras et poursuivre avec constance leurs actions, même si la crise économique frappe durement les pays du Nord depuis septembre dernier.

Marc Aicardi de Saint-Paul
Consul du Burkina Faso à Nice
Vice-président UCHF Alpes-Maritimes-Corse